Les ambitions durables des AOP 

Le Cnaol, qui fédère les AOP françaises, a réuni son AG annuelle sur le territoire des AOP mont d’or et morbier à Labergement-Sainte-Marie, les 29 et 30 septembre. Synthèse avec son président, Hubert Dubien, éleveur pour l’AOP fourme de Montbrison

 Inflation, défi climatique… : comment se portent les AOP dans le contexte géopolitique et climatique ?
HD : Nous enregistrons une légère baisse, de l’ordre de 1,6% à 2 %, depuis le début de l’année. Nous revenons au niveau de l’avant-Covid. La baisse du pouvoir d’achat semble en question, les fromages d’appellation étant avant tout des produits « plaisir ». Mais parler de crise serait abusif. La baisse des volumes de lait liée à la sécheresse et à la décapitalisation fait que la production est en phase avec le marché.
Avant cela, 2021 avait montré une bonne dynamique, avec plus de 258 000 tonnes commercialisées, soit 4% de plus par rapport à 2020 et 15% de plus en dix ans.

 Quelle est la situation au niveau des opérateurs ?
HD : Les charges en élevage, transformation et affinage ne cessent d’augmenter. Le prix des aliments pour les troupeaux s’est accru de 50 à 80%. L’énergie et les consommables ainsi que les salaires représentent quasiment 50% des charges de transformation pour certaines AOP. En raison des sécheresses printanières et estivales, dans certains territoires, près de 70% des éleveurs ont dû arrêter le pâturage et passer en ration hivernale dès cet été.

blabla « Nous voulons travailler sur la répartition équitable de la valeur au sein des filières AOP »

blabla« Plus nous serons autonomes pour l’alimentation animale, plus nous serons dans
notre ADN »

 Comment s’en sortent les produits au lait cru et fermiers ?
HD : Plutôt bien ! Leur part ne cesse d’augmenter. 9% des AOP sont aujourd’hui des fromages fermiers (+23% par rapport à 2011) et 40 des 46 AOP fromagères existent en version fermière, dont 3 intégralement. Plus de 78% des AOP sont fabriquées au lait cru (+ 21%). Plus d’une sur deux (28) l’est obligatoirement, et 18, qui autorisent un traitement thermique, proposent aussi une version au lait cru. Nous observons ainsi une progression des ventes dans le réseau traditionnel des crémiers fromagers, qui apprécient particulièrement ce type de produits.

 Près d’une AOP sur deux a demandé, cette année, une dérogation à l’Inao, faute de pouvoir assurer les pourcentages d’autonomie requis par son cahier des charges. Des valeurs élevées sont-elles durablement tenables ?
HD : L’autonomie des exploitations est un marqueur essentiel du lien au terroir, cela fait partie de l’ADN des AOP laitières. Il est évident que nous ne souhaitons pas qu’elles soient concernées par des modifications temporaires chaque année. Comment s’adapter demain ? C’est un questionnement important que nous portons avec le plan AOP laitières durables.

 Comment s’adapter à cette nouvelle donne ?
HD : Certains exploitants – c’est une tendance – décident d’élever moins animaux, car les fourrages et concentrés coûtent une fortune. Les systèmes intensifs, qui y recourent beaucoup, ont plus de soucis à se faire. D’autant plus que la plupart des AOP ont banni l’alimentation OGM : la situation géopolitique actuelle renchérit le prix des intrants non OGM. 
Chaque AOP doit travailler sur les leviers d’action lui permettant de coller au maximum à l’origine de son produit. Par exemple, dans mon AOP, la fourme de Montbrison, où nous avons beaucoup de problèmes de sécheresse, l’ODG a mis en place, depuis un an, un dispositif de recensement et de mise en contact des agriculteurs de la zone qui ne sont pas dans l’AOP mais ont des fourrages disponibles, avec des éleveurs de l’AOP. Cela fonctionne bien, plusieurs centaines de tonnes de fourrages ont ainsi transité dans la zone.

 Le colloque organisé dans le cadre de l’AG portait sur la valorisation économique des démarches durables et, notamment, sur la question du partage équitable de cette valeur au sein des filières. Comment traiter ce sujet ?
HD : C’est un sujet difficile à aborder et qui peut vite devenir conflictuel. Mais cela apporte de la sérénité d’avoir de la transparence et de la bienveillance entre acteurs. Il faut commencer par avoir des données objectives. Le Cnaol va travailler sur la mise au point d’indicateurs et proposer des outils, qui pourraient être un observatoire, pour aider les ODG à bâtir des relations équitables et favoriser ce partage.
Nous allons pouvoir capitaliser sur des initiatives existantes. Le comté a mis en place un observatoire des prix, les fromages de Savoie travaillent sur un observatoire collectif en compagnie de la fourme de Montbrison et du bleu du Vercors… L’une des difficultés est que la loi nous interdit de parler de prix, mais il reste tout de même des leviers pour aborder ces sujets-là.
Sur ces bases, la discussion peut s’engager sur la répartition de la chaîne de valeur. Certaines AOP se sont déjà emparées du sujet et plantent des jalons : le chaource, le morbier… n