Canicules, l’heure des comptes
Prairies transformées en paillasson, animaux en souffrance, laits appauvris…
Après un hiver très humide, ayant généré une surproduction laitière, la fin du printemps et l’été brûlant ont envoyé la filière vers un scénario opposé, dont les conséquences risquent d’être durables.
Au moment de boucler ce numéro de Profession Fromager, fin juillet, la France avait connu trois vagues de chaleur caniculaire, avec un fort impact sur la filière laitière.
Dynamique inversée
Conséquence la plus immédiate, une baisse de la production laitière : jusqu’à 25% pour les vaches laitières, dont la roductivité fléchit dès que le mercure atteint 22 à 25 °C. Les animaux s’alimentent moins, boivent davantage et consacrent davantage d’énergie au maintien de leur température interne.
Selon les premières remontées de la FNPL (Fédération nationale des producteurs de lait), la baisse de collecte a pu atteindre jusqu’à 20% au niveau de certains territoires. Avec une rémanence dans le temps : « À chaque canicule, les animaux ne retrouvent pas leur niveau de production d’avant », ajoute l’organisation. A plus long terme, la baisse de quantité et de qualité des fourrages pourrait engendrer une nouvelle baisse en hiver.
Le baromètre joue ainsi au yoyo : l’hiver 2025-26 avait été très pluvieux entraînant une hausse de la production de lait de l’ordre de 6% lors de cette période. La dynamique s’est inversée en mai (30% de déficit pluviométrique) et accentuée en juin (50%), la collecte décrochant de 7% en juin par rapport à juin 2025.
Coût de revient en hausse
Côté prairies, au 20 juillet, la pousse d’herbe avait diminué de 26% par rapport à la moyenne 1989-2018, selon les chiffres de France Agrimer : 33 % en Nouvelle-Aquitaine, 31 % en Occitanie et jusqu’à 50% dans l’ouest du Massif central. La rupture est intervenue en juin-juillet 2026, avec une augmentation des températures de +3,8 °C par rapport à la normale pour chacun de ces deux mois.
Faute d’herbe au pâturage, de nombreuses exploitations sont passées en alimentation hivernale. La FNPL met en garde : « Elles sont sur le fil du rasoir. On voit que cela ne passera pas pour arriver à avril 2027. » Les quotidiens régionaux se sont fait l’écho de fermiers contraints de vendre une partie de leur troupeau faute de pouvoir le nourrir suffisamment bien et pour se donner les moyens d’acheter des fourrages et compléments alimentaires… tout en voyant le coût de revient de chaque litre de lait augmenter.
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Moins d’herbe, moins de coupes de foin, ce sont aussi des stocks dont les fermiers ne disposeront pas en hiver et un recours contraint à plus d’achats d’aliments. Avec de fortes limites pour les systèmes très encadrés comme ceux des AOP, tenues à des pourcentages d’autonomie alimentaire élevés. Au 31 août, l’Inao avait dû accorder des dérogations à 16 AOP et 4 IGP.
Dans les ateliers, l’impact est tout aussi sensible (cf « Parer aux coups de chaud » dans PF n°122) : le lait est moins riche en caséines (jusqu’à –20 %), ses acides gras sont plus fragiles, ses équilibres minéraux sont perturbés, la maîtrise des fabrications devient plus délicate. n