Le Collectif lait cru reprend du service

Alors que les discussions se poursuivent avec les autorités pour un plan de sauvegarde des fromages au lait cru et que les AOP franc-comtoises et savoyardes vont se prononcer sur une éventuelle adoption de la thermisation, la relance du Collectif doit permettre d’ouvrir un nouveau sillon pour défendre ce patrimoine avec le concours de la société civile et de personnalités.

legende Lors de la conférence organisée dans le cadre du Salon du Fromage, qui a présidé à la relance du Collectif.

L’idée de relancer le Collectif lait cru est née en début d’année après cette remarque amère d’un patron de fromagerie artisanale rencontré lors d’un reportage dans les Savoie : « Nous sommes en train de crever et personne ne le sait… » Autour de lui, le monde qu’il a connu est pourtant en train de vaciller : les AOP de Savoie et Franche-Comté, deux principaux bastions du lait cru en France, sont alors en train d’étudier l’hypothèse de la thermisation, tandis qu’au niveau national, la filière a lancé un SOS dramatique aux pouvoirs publics (Cf PF 119 et suivants).
Mobiliser au-delà des pros

Des réunions se déroulent à huis clos avec les pouvoirs publics, à l’issue encore incertaine (lire page 15). Mais on le sait, le monde politique réagit beaucoup aux mouvements d’opinion et aux questionnements médiatiques, et que, pour bouger, il a aussi besoin que la société l’incite à le faire. D’où la décision de relancer le Collectif lait cru, qui avait été créé après l’interdiction des fromages au lait cru dans les cantines scolaires en 2019.
Celui-ci s’était rapidement transformé en fondation, sous le nom de Fondation pour la biodiversité fromagère, sous égide de la Fondation de France. Mais cette dernière, attachée à l’intérêt général au titre de son statut d’utilité publique, n’a pas permis à la fondation de mener un travail de mobilisation, qui pourrait s’apparenter, à ses yeux, à du lobbying au profit d’intérêts privés. Elle lui a enjoint de limiter son rôle au seul champ des effets de la biodiversité fromagère sur la santé. C’est dans ce strict cadre qu’a pu naître le Livre Blanc bénéfices-risques.
Cause nationale

« Personne ne le sait… » Le Collectif, lui, a toute latitude pour mener un travail de mobilisation publique au service de ce patrimoine, dont la survie concerne bien plus que les seuls professionnels. Il s’agit de faire entendre la voix des consommateurs, de personnalités, de relais médiatiques, d’élus qui y sont attachés. D’en faire une vraie cause nationale. De donner droit au chapitre à tous ceux qui veulent le défendre. De creuser un nouveau sillon, parallèlement aux discussions indispensables menées par les instances professionnelles avec les autorités. Contribuer à ce que « l’histoire continue ».
Le coup d’envoi de cette renaissance a été donné lors du dernier Salon du Fromage à la suite de la conférence organisée par la Fondation et Profession Fromager le 7 juin. 18 entreprises présentes sur le salon se sont alors engagées à verser chacune 10 000 euros au Collectif pour lui permettre d’agir (cf carte page 14). La somme réunie va permettre de mettre en œuvre le plan d’action qu’elle est en train de bâtir avec l’aide de deux agences spécialisées dans le lobbying et la communication (lire ci-contre). n