Tomme de la Brigue : l’ultra-tradition
Nomade en Roya : le berger qui courait après le printemps
Dans le Val de Casterino, sur la commune de Tende, porte d’entrée principale de la vallée des Merveilles, Alan et Nina Quint mènent une vie de bergers transhumants, aussi astreignante que sublime.
Alan est Parisien d’origine, passé par l’Allemagne. Nina est arrivée dans la vallée par « pure envie de montagne ». Aujourd’hui, ils élèvent un troupeau de 170 brebis Brigasques et une vingtaine de chèvres du Rove, qu’ils conduisent sur les pentes escarpées. Ils font traditionnellement transhumer le troupeau depuis le hameau perché de Piene Haute jusqu’au Val d’Enfer, à l’entrée de la vallée des Merveilles, au cœur du parc du Mercantour, du printemps jusqu’à mi-septembre - mi-octobre.
De 1 200 à 1 800 mètres d’altitude
« Juste après la traite du matin, je pars de la bergerie jusqu’à 20 heures ce soir », raconte Alan en désignant les crêtes. Avec son troupeau, il monte entre 1 200 et 1 800 m d’altitude. Malgré les aléas (intempéries, chaleur, brebis récalcitrantes…), Alan et Nina ne changeraient pour rien au monde leur quotidien. « Si tu n’arrives pas à être émerveillé par une fleur, un insecte, ce n’est pas la peine de faire ce métier », confie Alan. Il a retrouvé des sens oubliés : « Je sens une présence avant de voir l’animal. » La télépathie avec son troupeau ? « Des fois, je me dis que ce serait bien qu’elles aillent là, et elles y vont. »
Au fil de la transhumance, « nous fabriquons le fromage dans quatre lieux différents », précise-t-il, un record sans doute en France. Ce nomadisme permet aux brebis de suivre la pousse de l’herbe. La production laitière fluctue au fil de leur périple. « Quand on est arrivés, on était à 80 litres par jour ; là, on est passé à 60. Mais quand on va arriver là-haut, ça va remonter. »
En cette saison de fin juin, le menu est varié : carotte sauvage, fenouil, orties, oseille… « Toutes les salades qu’elles peuvent trouver », énumère-t-il. En raison de la canicule, après avoir pâturé, elles se rapprochent et se collent les unes aux autres, ruminant la tête baissée, comme pour se protéger des fortes chaleurs. En hiver, quand la neige recouvre les alpages et que la montagne ne donne plus rien, le régime change avec du foin fauché issu des prairies naturelles.
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Sur la question des difficultés de cette vie itinérante, Nina répond : « Le mauvais temps, c’est celui qui dure. » Et les brebis, comme les humains, ont leurs humeurs. « Des matins, elles se réveillent comme nous. On se crie dessus, et le lendemain, on s’aime. »
En fin d’entretien, Alan brandit une corne de bouquetin, trouvée en montagne. « On trouve des trésors. Une plume d’aigle, des bois de cerf... » Une vie rude, mais emplie d’émerveillements, au rythme des alpages et du tintement des cloches des brebis. n